Nicolas Xavier Galerie - Art Contemporain

Arnaud Liard

Arnaud Liard est peintre. Peintre sur ciment plus exactement. Ce qui pourrait passer pour une simple anecdote est pourtant essentiel. Une singularité, qui voue une matérialité toute particulière à sa peinture, où se déroulent de grandes scènes de rue, saisit dans l’anonymat de la ville. Autodidacte Arnaud Liard dit avoir commencé la photographie à l’adolescence alors qu’il découvrait le graffiti. Des premiers apprentissages suivis d’une école de peintre en lettre, qui lui apprendra rigueur et technique, le conduisent tout naturellement sur la voie de la pratique picturale. Appartenant au collectif des TRBDSGN (Turbo Design), aux côtés de Onde et Hobz, Honda (Arnaud) a fait ses premières armes sur les murs et palissades de la ville. De grandes fresques peintes à six mains, où les éléments graphiques et personnages stylisés hauts en couleurs, donnent un caractère enjoué à leur univers qui mixe graffiti et graphisme. Parallèlement, seul dans son atelier du 20ème, devant son chevalet, entouré de pinceaux et de bombes de peintures, Arnaud se consacre à sa deuxième vie d’artiste, un rien éloigné du graffiti. La rue reste cependant au centre de ses préoccupations toutes picturales.
Étape essentielle, l’application sur la toile de la préparation à base de ciment se déroule sur plusieurs jours. Un travail patient et méticuleux, où la toile se mue en un autre support, substitut du mur cher au graffeur, une surface grise et accidentée prête à accueillir la couleur. Car couleur et lumière il y a dans ses grandes scènes de rue, captées via son appareil photo qui l’accompagne lors de longues pérégrinations dans la ville (Paris, Tokyo, Montréal…). « En quête d’histoire de tous les jours », Arnaud Liard arpente le bitume, se fond dans la masse des anonymes pour en saisir les instantanés qui feront le Sujet. Chacune des images collectées et archivées constitue le fond iconographique dans lequel l’artiste puise. Plusieurs prises de vue seront choisies avec soin pour recomposer sa propre image, réinventer sa propre scène : Aligner les murs et perspectives, positionner les plans, mettre en place les personnages, rendre compte d’une action. Parfois se glisse un intrus que le spectateur saura ou non découvrir. Pas de peinture sur le motif, mais la retranscription imaginée d’un moment choisi. Le peintre dit voir la ville comme une grande scène en représentation, dont il sait saisir chaque instantané pour transcender le quotidien. « Je recompose à ma convenance les paysages urbains, la ville transpire sa matière, elle est un des acteurs principal de ma peinture. Son texte est rugueux, brutal et gris ».