Nicolas Xavier Galerie - Art Contemporain

ZEST

La couleur, une essence, et le geste, son moteur. Zest est l'ambassadeur d'une peinture qui dévale librement les longues et fébriles routes de l'abstraction. Défiant toute idée de stagnation esthétique, c'est avec rigueur qu’il s'emploie à peindre une œuvre qui synthétise ses influences diverses. Une œuvre qui donne vie à un style unique et identifiable. Ce montpelliérain de naissance pratique une peinture résolument abstraite sans perdre de vue les premières heures du graffiti et ses élans figuratifs qui l’ont vu grandir. 1995, 15 ans à peine donc, c'est fort d'un atout imparable, celui du dessin, que Zest tombe nez à nez avec les premiers graffs et les tags d’une génération pionnière. Ces souvenirs perceptibles de la bombe qui s'agite dans le sac à dos, la rétine qui se ballade le long des terrains vagues, façonnent à jamais un jeune homme qui y voit l'occasion d'affirmer une personnalité artistique déjà marquée par son entourage familial. Lorsque son père reproduisait fidèlement chez lui les Dali, c’est tout jeune qu’il s’attachait à éduquer son œil et son coup de main, de manière autodidacte. Plus tard, avec son équipe des TDM, il s’entoure d’une ambiance fraternelle et d’une douce concurrence qui l’amène à signer des fresques de New York jusqu’à Nouméa et les principales capitales européennes. De murs de plus en plus hauts à des projets de plus en plus nombreux, le style Zest s’affine et pousse les codes classiques du graffiti jusque dans ses retranchements. Depuis son atelier, il travaille avec cette émotion des premières fois un style qui convainc même les éternels réticents de l'art abstrait. Son univers n'est autre que celui de la suggestion : les lettres de son pseudonyme, quelques formes cubiques par-ci par-là, mais surtout des contours féminins. Impossible alors de ne pas évoquer Mode 2 et ses personnages aux attitudes si singulières. Avec une absolue maitrise du geste et des proportions, les postures les plus sophistiquées se succèdent, preuve ainsi que Zest aiguise depuis des années un sens de l’observation. Sous ses nombreux outils (marqueur, rouleau, bombe en spray, brosse et pinceau), les courbes d’une femme se voient généreusement magnifiées, quand bien même celle-ci reste insaisissable dans ce flot de couleurs et de lignes. C’est à ce point précis que s’exprime le caractère expérimental de Zest et son attrait pour l’abstraction.
Ses compositions s’érigent autour du geste, réminiscence contemporaine d’un graffiti wild-style l’ayant sûrement marqué. Ces traits assurés qui croisent des projections de peinture, mordant alors sur des aplats rigoureusement appliqués, Zest nous confronte ici à l’aboutissement d’une œuvre mûrement pensée, presque méditée. Une abstraction des formes qu’il projette même en sculpture, où il trouve un nouveau moyen de perpétuer ses ambitions exploratrices. Il y a là quelque part des œillades lancées aux travaux de Mist, ou encore Smash 137. Aussi, l’univers du design de mobilier ne le laisse pas indifférent, en témoigne sa collaboration avec Philippe Starck en 2014. Mais parler du travail de Zest s’accompagne de toute évidence d’un discours sur la couleur, une honorable obsession chez lui. Zest conjugue les couleurs comme si c’était des mots, et diffuse avec grâce un langage visuel structuré, nuancé et volontiers pétillant. Un langage désormais identifiable, revigorant. Avouant un faible pour les teintes les plus fluos, il révèle une recherche remarquable d’associations de couleurs en travaillant des dégradés ou des clairs-obscurs. De tons pastels à des tons plus francs, jusqu’à même se risquer à l’exercice du noir, blanc et gris, les compositions de Zest attirent l’œil et nous flattent par tant d’harmonies. A la croisée des influences qu’il puise dans l'entière histoire de l’art, le travail de Zest convoque un aspect technique indéniable, héritage de ces longues années de constance et de curiosité. Sa peinture enrichit le mouvement du graffiti contemporain tout comme les collections de passionnés de peinture au sens large. Capable de créer, de faire évoluer son style et d’écouter ses propres aspirations plastiques, on salue volontiers la maladresse académique de l’école des Beaux-Arts qui, en 1999, ferme ses portes à un jeune Franck Noto alors plein de promesses. Des promesses qu’il honore désormais avec talent. Texte de Sabella Augusto